Les organisations islamiques en congrès au Bourget
Astrid de Larminat
Le Figaro
[09 mai 2002]
Faut-il avoir peur de l'UOIF ? L'Union des organisations islamiques de
France, présentée habituellement comme héritière des Frères
musulmans, organise à partir d'aujourd'hui et jusqu'à dimanche son
rassemblement annuel au Bourget. Il y a dix ans, 2 000 musulmans s'étaient
rencontrés à cette occasion au Parc des expositions. Cette année, les
organisateurs espèrent battre le record de fréquentation de l'an
dernier : 70 000 personnes s'étaient alors retrouvées pour réfléchir
et prier.
Une chose est sûre, et sa capacité à mobiliser en est la preuve, l'UOIF
est l'organisation musulmane la plus structurée en France. Créée en
1983, elle fédère 270 associations, dont une centaine de mosquées.
Auxquelles il faut encore ajouter les associations partenaires : la
Jeunesse musulmane de France, les Étudiants musulmans de France, les
Imams de France, la Ligue française de la femme musulmane, etc. Un
vaste réseau qui mêle avec une grande efficacité action sociale et
religieuse dans les banlieues françaises. Consciente de l'importance de
former des imams français, l'UOIF a ouvert en 1992 l'Institut européen
des sciences humaines à Château-Chinon (Nièvre). Quelque 150 étudiants
suivent des cours dans cette école en sciences islamiques, seul établissement
de ce type en France. Pour le moment, 40 imams en sont sortis, ayant
suivi la totalité du cursus, qui dure six ans. Ce centre, qui a une
annexe à Saint-Denis, en banlieue parisienne, où adultes et jeunes
peuvent approfondir leur connaissance de l'islam, a été financé par
des capitaux saoudiens.
L'UOIF est membre de la Fédération des organisations islamiques
d'Europe, qui a institué un Conseil européen de la fatwa. Lequel rend
régulièrement des avis sur les cas de conscience nouveaux qui se
posent à des musulmans vivant dans un État laïc. Le premier tome de
ces fatwas vient d'être publié, et sera disponible aujourd'hui au
Bourget.
L'UOIF se défend en tout cas de prêcher un islam obscurantiste. «
Nous travaillons à une réforme basée sur les fondements de l'islam,
le Coran et la Sunna », déclare Fouad Alaoui, son secrétaire général.
Une pratique traditionnelle de l'islam n'étant pas toujours compatible
avec la vie occidentale et les lois françaises, l'UOIF est pour une
adaptation réfléchie de la pratique. Pragmatique, elle est cependant
loin d'être laxiste et réfute l'idée que chaque fidèle puisse
interpréter les textes. Elle est favorable, par exemple, au prêche en
français. S'agissant du voile, « c'est bien une obligation religieuse,
mais elle n'a pas de sens si elle est suivie sous la contrainte »,
explique encore Fouad Alaoui. Autre cas : l'apostasie. Fouad Alaoui
affirme qu'on ne peut interdire à un musulman de se convertir à une
autre religion. Mais lorsque le ministère de l'Intérieur a demandé
aux responsables musulmans de signer une charte d'adhésion aux
principes républicains, l'UOIF a demandé que soit retiré le
paragraphe sur le droit de changer de religion...
Le problème réside, en fait, dans l'habileté de l'UOIF à manier le
double discours. Le même imam peut à la fois prôner la citoyenneté,
le respect des lois françaises..., et aviver auprès de ses auditeurs
le sentiment qu'ils constituent une communauté stigmatisée par le
reste de la société occidentale. Au point qu'on se demande si
l'objectif est d'encourager le musulman à s'intégrer réellement ou
seulement de le mettre en garde de ne pas entacher la respectabilité de
la communauté musulmane.
Dernière ambiguïté, et non la moindre : l'UOIF est-elle islamiste ?
Ses responsables se défendent de vouloir instaurer un État islamique,
et déclarent vouloir seulement être partie prenante de la société
occidentale. Mais pour leurs détracteurs, la référence aux Frères
musulmans – avec lesquels l'UOIF assure n'avoir aucune relation
organique – ne laisse aucun doute : son objectif à long terme est
bien le règne de l'islam.
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