| mardi 20 avril 2004, 17h33
L'imam de Vénissieux "aura à
s'expliquer devant la justice", assure Dominique Perben
LYON (AP) - Face à la polémique autour des propos de l'imam de
Vénissieux (Rhône), le ministre de la Justice Dominique Perben a assuré
mardi que Chirane Abdelkader Bouziane "aura à s'expliquer devant la
justice" pour ses propos dans le magazine "Lyon Mag".
"Dès la parution de ce journal, j'ai demandé à la direction des
affaires criminelles du ministère de la Justice d'examiner comment une
action de justice pourra être engagée", a expliqué M. Perben sur
France-2. Alors que l'imam affirme que le Coran autorise l'époux à
battre sa femme, le garde des Sceaux juge que "la justice peut et doit
faire quelque chose. Les violences familiales, c'est une abomination".
Chirane Abdelkader Bouziane, imam depuis avril 2003 de la principale
mosquée de Vénissieux, la mosquée Al-Forquan (dite de l'Urssaf en raison
de sa proximité avec le centre de recouvrement des cotisations
salariales), a confirmé mardi une partie de ses propos à la presse: il a
réaffirmé que frapper sa femme peut être autorisé par la religion
musulmane. "Mais ce n'est pas mon opinion", a-t-il assuré. "Je n'étais
jamais contre la loi".
Selon lui, "dans des cas très serrés, on peut frapper la femme".
"Exemple: la femme trompe son mari. Là, si c'était vrai, il peut la
frapper", a-t-il dit. Mais en respectant des limites: "ne pas viser le
visage, ne pas viser les yeux, les oreilles, le nez, non. Frapper en
bas, c'est-à-dire les fesses".
Aucune plainte n'avait été formellement enregistrée mardi par le
parquet de Lyon, qui a indiqué à l'Associated Press qu'aucune
information judiciaire n'avait pour l'heure été ouverte.
Les services du procureur de la République de Lyon ont précisé qu'ils
étaient en attente de directives de la part de la Chancellerie, qui
doivent transiter via le parquet général de la cour d'appel de Lyon. Ce
dernier était injoignable mardi matin.
La municipalité de Vénissieux a fait savoir à l'AP qu'un dépôt de
plainte pour "atteinte à l'ordre public et à la République" était "à
l'étude", mais n'avait pas été formalisé. André Gerin, député-maire PCF
de Vénissieux, avait "interpellé" les ministres Dominique de Villepin
(Intérieur) et Dominique Perben (Justice) dans un courrier adressé lundi
après la lecture de l'interview accordée par cet imam dans le numéro
d'avril de "Lyon Mag".
Interrogé mardi sur Europe-1, M. Gerin a enfoncé le clou, jugeant
"très important de dire que nous sommes contre ce féodalisme, une
conception de la femme-objet, de la femme-animal". Pour lui, "c'est
cette question qui est fondamentale (...) pour combattre ces
pseudo-religieux qui pourrissent la tête de nos gamins et de nos
quartiers".
Dans cette interview, l'imam s'était notamment prononcé en faveur de
la lapidation des femmes. "Etes-vous pour la lapidation des femmes?",
interroge le magazine. Réponse: "Oui, car battre sa femme est autorisé
par le Coran, mais dans certaines conditions, notamment si la femme
trompe son mari". "Pour vous, la femme est l'égale de l'homme?". "Non.
Elle n'a pas le droit de travailler avec des hommes car elle pourrait
être tentée par l'adultère". "Souhaiteriez-vous l'installation d'une
République islamique en France?". "Oui, mais pas seulement pour la
France. Je souhaite que le monde entier devienne musulman".
L'imam considère également la musique comme un "péché" et prône la
polygamie. Il a affirme avoir lui-même deux femmes, chacune d'elle lui
ayant donné huit enfants.
"Je ne partage pas du tout sa position par rapport à la femme", a
assuré sur RTL le secrétaire général du Conseil régional du culte
musulman de Rhône-Alpes Azzedine Gassi. "On ne peut pas vivre en France
et tenir ce type de propos". Selon lui, "on est dans la phase de
changement de mentalité des Français de confession musulmane, dans une
phase d'adaptation à la République". "Ce type de propos vient remettre
en cause tout le travail qu'on est en train de faire depuis quelques
années", a-t-il déploré.
Chirane Abdelkader Bouziane, 52 ans, a officié comme imam à
Villefranche-sur-Saône (Rhône), puis dans le quartier lyonnais de la
Duchère, avant de rejoindre cette mosquée de Vénissieux, où les
salafistes -fondamentalistes tenant d'un Islam "des origines", du temps
du prophète- sont nombreux. Formé en Arabie saoudite, il est considéré
comme l'un de ceux qui ont introduit le salafisme en France au début des
années 90. AP |