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L'éditorial de Claude Imbert

Les possédés

Claude Imbert

Le carnage islamiste de Londres aura du moins cette vertu de dissiper l'aveuglement de commodité par lequel nos sociétés riches s'illusionnent sur les progrès supposés de leur sécurité. La guerre, pour le moment clandestine, que lui mènent les fous d'Allah s'affirme comme plus encline à croître qu'à régresser.

Cette guerre d'un type nouveau a un but que nous peinons à «penser» tant il nous paraît absurde : celui de soumettre un Occident satanisé. Cette guerre ne connaîtra ni amnistie ni négociations possibles sur des intérêts disputés : c'est une guerre de croyances. Elle vise à nous détruire non pour ce que nous faisons mais pour ce que nous sommes : des infidèles d'une civilisation exécrée. Sa violence fait pour l'heure courir à nos peuples des risques statistiquement faibles. Mais sa détermination féroce nous oblige à redouter et prévenir une extension possible de ses moyens.

***

Le nombre des taupinières d'assassins ne faiblit pas. Outre les carnages qui dispensent sur écran l'effroi recherché, on sait qu'un nombre inquiétant d'attentats ont été déjoués au Maroc, en Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne et France. L'autonomie croissante des réseaux les constitue en une nébuleuse fugace, sans solidarité organique. Leur repérage reste acrobatique.

La leçon anglaise montre, s'il en était besoin, qu'on y rencontre toutes sortes d'enragés : des marginaux mais aussi des ingénieurs ; des enrôlés de la cause tchétchène ou du salafisme algérien ; des déracinés avides de sublimer, dans les rébellions d'Irak ou d'Afghanistan, leur haine mystique de nos libertés trop humaines.

L'Irak, au bord d'une guerre civile entre sunnites et chiites - rançon de l'après-Saddam -, favorise, comme le conflit israélo-palestinien, l'enrôlement de certains djihadistes, mais il n'est point la cause ni l'aliment fondamental de la guerre. Le fou d'Allah voit plus loin et plus haut : il mène une croisade mystique contre l'Occident. Les jeunes illuminés de la communauté pakistanaise de Leeds, nés pour certains en Angleterre, n'abandonnent pas le jeu de cricket pour le maniement des bombes à la seule fin d'aider les rebelles antichiites de Bagdad. Ces « possédés » ne se connaissent de surcroît aucune solidarité arabe. Leur solidarité se joue des frontières et des disparités ethniques. Elle naît de quelques sourates du Coran, dont la langue de feu aura bravé les siècles. Pour mourir au service du Prophète, on trouve ainsi de semblables vocations sur les cinq continents, où l'islam a essaimé.

Pour les enragés, l'idéal mystique est de purger l'humanité de ses infidèles. Leur guerre est à certains égards métaphysique, comme fut celle de Hitler contre « les races inférieures ». Elle prétend régénérer le monde en le délivrant du « Mal » fondamental d'un Occident émancipé des préceptes d'Allah.

La tolérance inouïe que le « Londonistan » offrit longtemps aux frénétiques de quelques mosquées, l'indulgence extrême que les Pays-Bas pratiquèrent avant l'assassinat du « mécréant » Theo Van Gogh n'ont servi à rien d'autre qu'à favoriser l'éclosion des djihadistes, avec leurs fatwas prémonitoires contre Salman Rushdie ou la Somalienne Ayaan Hirsi Ali.

Il n'existe pas de remède absolu à cette violence des amants de la mort. En France, les guides de notre communauté musulmane s'opposent de plus en plus au délire des forcenés. C'est heureux, car ce délire est une maladie de l'islam, et qui, mieux que la famille islamique, pourrait l'étouffer à sa source ?

***

A Paris, l'illusion se perd que notre sage évitement de l'expédition irakienne nous abriterait durablement des forcenés. Notre présence en Afghanistan, notre loi sur le voile ont suffi pour nous vouer aux gémonies !

Alors, encore un effort, et peut-être comprendrons-nous que notre sagacité policière doit s'accompagner de vigilance nouvelle à l'encontre des prêcheurs de mort. Nous réaliserons ensuite qu'il nous faut conjurer ce risque majeur que des Etats dévots - Pakistan, Iran... - n'aient la tentation de relayer à grande échelle le terrorisme artisanal par le terrorisme nucléaire. Vient enfin, j'espère, le temps d'oublier notre tentation persistante à chercher d'illusoires échappatoires à la solidarité de tout l'Occident. Oublions les oeillades obliques de notre soi-disant « politique arabe » ! Cessons de débecter notre passé et de battre notre coulpe sur les poitrines de nos ancêtres ! Finissons-en avec cette manie expiatoire qui inspire l'altermondialisme et se défoule dans la détestation de l'Amérique ! Evitons cette contrition imbécile qui devient l'alibi sentimental de la lâcheté.

Nous renonçons par force à l'ambition, en vérité déjà bien déconfite, de prétendre entraîner l'Europe hors de la fidélité atlantique. Tant mieux ! Cette fidélité fut et reste le seul et solide rempart de l'Occident tout entier. L'adversité divise les faibles mais rapproche les forts. Inch'Allah !

© le point 20/07/05 - N°1714 - Page 3 - 744 mots

 

 

 

 

 

 

28/05/08

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