La pédagogie islamique ] Modérés, mais très minoritaires. ] Une autre histoire de l'islam ] Schizophrénie musulmane ] Vous avez aimé l' islam en 2005? ] Les Possédés ] L'islam ou la valise? ] Islam et islamisme? Même horreur ] La "paix" du Hamas ] Qtub, ou le vrai islam ] Quand les Soumis doutent... ] Aux origines de l' islamophilie ] L'islam et la Thaïlande. ] Conquérir ou détruire ] Un imam se dévoile... ] [ Plaidoyer pour G. Bush ] Les Anglais découvrent l' islam ] L'islam de Ramadan? Non, merci. ] Défi islamiste ] Védrine et le clash avec l'islam ] L'islam aussi victime de lui-même ... ] Islamisme = religion apocalyptique ] Globalization ]

Accueil ] Une bibliographie sur l'islam ] De saines lectures ] Gallerie islamique ] Articles de presse ] Hadiths choisis ]

 

 

For translation, please, click here

CTRL+C the  page URL as displayed above on your browser

 

 

 

Retour Home Page

Retour à la page d'introduction

 

 

 

 

 

Perdu ? Le plan du site !
Plan du site. Cliquez

 

 

 

 

Plaidoyer pour George W. Bush
par ARMAND LAFERRERE
Le 11 septembre 2001, les civilisations occidentales découvrirent la vraie nature du monde où elles croyaient vivre en paix.

L'attaque portait contre les symboles des deux forces qui, au cours du siècle précédent, avaient apporté le plus de liberté à l'humanité : l'économie de marché et l'armée américaine. Il n'y avait donc rien de surprenant à ce que les ennemis traditionnels de la liberté, notamment les héritiers intellectuels du marxisme, ne la condamnent qu'avec des réserves qui pouvaient faire douter de leurs vrais sentiments. C'est ainsi que l'on entendit plusieurs bonnes consciences issues de cette école appeler les Etats-Unis à s'interroger sur leur responsabilité dans la haine qui avait animé les terroristes. La frange délirante alla jusqu'à mettre en doute la responsabilité d'al Qaida dans l'attaque et suggérer celle des gouvernants américains.

Plus révélateur, pour l'opinion occidentale, fut le fait qu'une attaque menée par un groupe extrémiste ultra-minoritaire entraîna, dans une part non négligeable de l'opinion musulmane, des réponses joyeuses (des danses de joie furent filmées le jour même), une absence assourdissante de condamnation ou un discours de justification assez incohérent qu'on peut résumer ainsi : les Etats-Unis avaient mérité d'être attaqués ; al Qaida en était devenu plus populaire ; du reste, ni al Qaida, ni aucun musulman n'était pour rien dans l'attaque.

De telles réactions ne pouvaient manquer de modifier les prédictions optimistes sur l'avenir des rapports entre les deux civilisations, qui étaient encore majoritaires en Occident à la veille du 11 septembre. La perspective d'une coexistence constructive était brutalement devenue plus difficile à atteindre. Il fallut admettre que l'espoir d'une conquête de la planète par les armes, initialement exprimé par Mahomet mais abandonné en pratique depuis quelques siècles, s'était de nouveau suffisamment répandu pour représenter une menace pour la civilisation.

Cette prise de conscience fut d'autant plus douloureuse qu'elle faisait suite à une décennie où la politique étrangère des Etats-Unis avait sincèrement cherché à créer de bonnes relations avec le monde musulman : soutien à la création d'une autorité palestinienne ; interventions militaires pour protéger des musulmans en Somalie, en Bosnie et au Kosovo ; grande retenue face aux premières attaques d'al Qaida. Dans un malentendu assez classique dans les relations entre sociétés libres et dictatures, l'Occident dut conclure, au soir du 11 septembre, que la multiplication des preuves de sa bonne volonté avait été interprétée comme un signe de faiblesse et, donc, comme une incitation supplémentaire au Jihad.

Depuis plus de deux ans, les milieux éclairés d'Europe et d'une part des Etats-Unis semblent s'être donnés pour principal objectif de faire oublier au monde ce qu'il a compris devant les ruines de Manhattan.

Alors que l'intensité de la haine anti-occidentale se confirmait chaque jour, un discours s'est de plus en plus largement répandu, selon lequel la sécurité de la planète serait moins menacée par cette haine organisée que par la réponse militaire et politique que les Etats-Unis y ont apportée. Ce discours est rarement " anti-américain " dans ses principes et, de ce fait, n'implique pas nécessairement, contrairement à ce qui a beaucoup été écrit, une rupture décisive entre l'Europe et l'Amérique : il est assez répandu aux Etats-Unis eux-mêmes. En revanche, il a trouvé son point de fixation dans une dénonciation hystérique des décisions, des valeurs et de la personne du Président George W. Bush. C'est cet homme et son entourage, non la menace qu'ils cherchent à combattre, qui sont présentés comme une menace pour la paix - et parfois, dans un curieux renversement, comme l'incarnation du fanatisme religieux.

L'intensité passionnelle de cette haine, qui va tous les jours jusqu'à l'insulte, justifierait à elle seule que l'on appelle à un moment de calme et de réflexion. S'agissant d'une guerre mondiale en cours, une erreur d'analyse trop largement répandue pourrait par ailleurs avoir des conséquences graves pour l'avenir de la civilisation. Il peut donc être utile de passer en revue les moteurs de la haine déversée sur le Président Bush et de les comparer à la réalité de son action.

La réduction de la menace

La première raison qui a permis à la haine de George Bush de prendre de plus en plus d'ampleur a été le succès remarquable rencontré par les Etats-Unis pour réduire la gravité de la menace.

Au soir du 11 septembre, peu d'entre nous auraient osé prédire que moins d'un millier de personnes mourraient dans des attentats islamistes au cours des deux années suivantes. Personne n'aurait osé affirmé que dès 2002, al Qaida ne parviendrait plus à organiser un seul attentat dans le dar-el-Harb (les terres infidèles ou " maison de la guerre ", champ de bataille privilégié du Jihad) et devrait se rabattre sur des cibles occidentales en pays musulman (Pakistan et Indonésie) puis, en 2003, sur des attaques tuant plus de musulmans que d'infidèles (Arabie Saoudite et Maroc en mai, Turquie en novembre). Cette évolution montre l'affaiblissement militaire de l'organisation qui avait su planifier et réussir le 11 septembre.

Cet affaiblissement ne s'est pas fait de lui-même. Les déclarations d'al Qaida, après le 11 septembre, ne promettaient rien d'autre que toujours plus de destruction jusqu'à la capitulation et la fin de l'Occident. Ni la détermination des terroristes, ni leurs capacités opérationnelles ne faisaient aucun doute. Si le Jihad international avait pu poursuivre ses objectifs, le monde aurait connu une succession régulière d'actes de guerre contre l'Occident, une grave dépression de l'économie mondiale et des restrictions toujours plus fortes des libertés dans les pays libres. L'islam fondamentaliste aurait bénéficié, en terre musulmane mais aussi en Occident, de la sympathie qui s'est toujours attachée aux vainqueurs.

Le Président Bush s'est tenu entre cet abîme et le monde. La guerre d'Afghanistan a fait disparaître la base d'al Qaida, tué de nombreux combattants du Jihad avant qu'ils puissent porter la destruction en Occident et obligé les dirigeants survivants de l'organisation à vivre une vie de fugitifs. Leur capacité à communiquer, à se réunir, à planifier et à financer des opérations en a été réduite. Avec l'appui des services de renseignement de nombreux pays, une politique efficace d'arrestation ou d'élimination des responsables a continué à affaiblir, après la fin de la guerre, les capacités opérationnelles d'al Qaida.

Par la suite, l'invasion de l'Irak a fait disparaître un régime qui semblait avoir établi avec al Qaida des relations de travail pleines d'avenir. L'organisation Ansar-al-Islam, liée à al Qaida, avait des capacités d'entraînement en Irak. Saddam Hussein fut le seul chef d'Etat à se réjouir publiquement de l'attaque de Manhattan. Les services de renseignement de plusieurs pays avaient signalé de nombreux contacts de haut niveau entre les deux ennemis de l'Occident entre 1990 et 2003. Ces renseignements ont été présentés de manière synthétique dans une note transmise par le Pentagone à la commission du renseignement du Sénat américain le 27 octobre 2003 ; cette note fut révélée par le Weekly Standard dans son numéro du 24 novembre et est disponible sur le site Internet de ce journal (www.weeklystandard.com).

Mais surtout, l'invasion de l'Irak a créé un nouveau champ de bataille pour les jihadistes : Ayman al Zawahiri, numéro 2 d'al Qaida, appela deux fois au Jihad contre les Américains en Iraq par l'intermédiaire de la chaîne télévisée al Jazeera (21 mai et 10 septembre 2003). Ce nouveau champ de bataille attire de nombreux combattants qui, confrontés à une armée supérieure en nombre, en moyens et en capacité d'organisation, ont les plus grandes chances d'y mourir. Cela réduit mécaniquement leur capacité de destruction sur les autres fronts et, en particulier, les ressources disponibles pour organiser des attentats en Occident.

Ces trois décisions - la guerre d'Afghanistan, la poursuite des responsables d'al Qaida à travers la planète, l'invasion de l'Irak - sont les causes principales de la réduction du péril fondamentaliste depuis le 11 septembre. Elles ont, toutes trois, été prises par le Président Bush. La justice un peu particulière qui règne en politique fait que le succès de ses décisions a permis la montée de la haine contre sa personne.

Libérés de la crainte de mourir, les Occidentaux sont revenus aux affrontements politiques que le 11 septembre avait interrompus. Le parti Démocrate américain a repris la stratégie engagée dès l'élection de George Bush pour le détrôner en 2004 ; cette stratégie consiste à répéter sans cesse, jusqu'à ce qu'on n'ose plus affirmer le contraire, que le Président est à la fois un abruti sans cervelle et l'agent machiavélique d'intérêts privés et d'idéologues extrémistes. Comme, par tradition et par goût, les Démocrates, actuellement minoritaires, ont beaucoup plus d'écho et de contacts en Europe que les Républicains majoritaires, leur discours électoral a été assez bien diffusé sur ce continent. Il semble même, dans certains cas, y avoir été pris au sérieux.

Certains pays européens ont également pu, grâce au recul de la menace terroriste, revenir à une diplomatie visant à augmenter le plus possible leur poids politique en gênant ou ralentissant systématiquement l'action des Etats-Unis. Une telle politique aurait été inconcevable si la menace était restée grave et immédiate. Les Etats en question n'auraient alors eu d'autre choix que de se placer sous direction américaine pour sauver leur population. Ils avaient d'ailleurs une certaine expérience de cette situation.

Dès lors, cependant, que les décisions du Président Bush avaient permis de réduire le niveau de la menace, ces pays revinrent à leur politique traditionnelle d'affaiblissement des Etats-Unis dans les institutions internationales et l'opinion publique. Les principaux thèmes de la haine contre George W. Bush, élaborés aux Etats-Unis pour des raisons de politique intérieure, furent donc recyclés en Europe. Ils furent, par le plus pur hasard, largement répandus dans la presse des pays concernés. Ils semblent parfois y être devenus la seule forme acceptable de patriotisme.

Il n'y a, naturellement, rien de condamnable à utiliser une paix, même limitée et fragile, pour se consacrer au noble exercice de la politique. Le fait que la victime qu'on cherche à atteindre est le principal auteur de la paix est assez intéressant pour être signalé, mais ne doit pas le mettre à l'abri de la critique. Cependant, l'examen des principales critiques adressées au Président Bush fait apparaître de curieuses erreurs de raisonnement.

Le droit international

Le principal reproche adressé au Président Bush par le parti Démocrate et par ses adversaires européens est d'avoir attaqué l'Irak, le 19 mars 2003, de manière unilatérale, au mépris du droit international.

Le premier élément de cette accusation - l'unilatéralisme - ne dit rien du caractère justifié ou non de l'invasion. Unilatéralisme et multilatéralisme, après tout, ne sont que des manières d'agir et n'ont aucun impact sur la moralité ou la nécessité de l'action. Le pacte germano-soviétique de 1939, assorti de traités complémentaires avec l'Italie et le Japon, était un magnifique exemple de multilatéralisme ; la politique de Winston Churchill à l'été 1940 était d'un unilatéralisme total.

A titre accessoire, l'accusation d'unilatéralisme, en l'espèce, est infondée. Quarante-huit pays, représentant une population combinée de 1,2 milliards d'hommes et situés sur tous les continents, ont apporté un soutien militaire ou logistique à la coalition dirigée par les Etats-Unis contre le régime de Saddam Hussein. Les pays qui ont fait activement campagne contre l'invasion sont moins nombreux. L'image d'une action unilatérale engagée contre l'avis unanime de la " communauté internationale " est donc fausse. Là comme ailleurs, il n'y a jamais eu de communauté internationale. Il y avait deux positions opposées et irréconciliables, partagées toutes deux par de nombreux gouvernements. Ces deux positions étaient fondées, l'une et l'autre, sur des arguments respectables. Pour autant, elles ne pouvaient pas être justes toutes les deux.

Les pays qui se sont opposés à la guerre estiment avoir eu le droit international en leur faveur, car l'invasion n'avait pas été immédiatement précédée d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies l'autorisant expressément. Ils en concluent que les Etats-Unis se sont mis en marge du droit international et reprochent au Président Bush d'avoir fait régresser la conduite du monde d'un ordre juridique vers un pur rapport de forces.

L'examen des faits conduit cependant à des conclusions plus nuancées. Le seul Etat à avoir moqué et méprisé les Nations Unies dans cette crise était l'Irak de Saddam Hussein. De 1991 à 2002, dix-sept résolutions des Nations Unies avaient appelé l'Irak à présenter les preuves de sa conformité avec les obligations de désarmement imposées à l'issue de la guerre du Golfe en 1991. Le nombre de ces résolutions ne traduit pas une grande confiance des Nations Unies dans le respect de leur autorité.

La dernière de ces résolutions (résolution 1441 adoptée à l'unanimité, le 8 novembre 2002, par le Conseil de sécurité) déplore le non-respect par l'Irak des seize résolutions précédentes. Elle " reconnaît la menace que représente, pour la paix et la sécurité internationales (...) les actes de prolifération d'armes de destruction massive et de missiles à longue portée ". Elle donne à l'Irak " une dernière occasion de se conformer à ses obligations " en matière de désarmement. L'Irak avait 30 jours pour faire une déclaration complète de l'ensemble de ses programmes civils et militaires en matière nucléaire, biologique et chimique et de ses programmes de missiles balistiques. Les inspecteurs en armement de l'ONU et de l'Agence internationale de l'énergie atomique devaient avoir un accès complet aux sites irakiens et devaient pouvoir conduire des entretiens avec les savants irakiens, en-dehors de la présence d'agents du régime, à l'intérieur ou à l'extérieur du pays. Si l'Irak ne se conformait pas à ces obligations, il s'exposait à " de sérieuses conséquences ".

Il est difficile d'interpréter les mots " dernière occasion " et " sérieuses conséquences " autrement que comme une autorisation de recourir à la force si l'Irak ne respectait pas strictement les termes de cette résolution. Or, trente jours après son vote, l'Irak n'avait pas fourni une déclaration complète des programmes concernés : un document incohérent de 12.000 pages, destiné à distraire l'attention plus qu'à éclaircir, en avait tenu lieu. Des inspecteurs avaient été autorisés à se rendre en Irak, mais ils n'avaient qu'un accès incomplet au territoire et n'étaient pas autorisés à interroger les savants en l'absence d'espions du régime.

Les adversaires du Président Bush répondent à cela en évoquant les mois qui ont suivi l'échéance de ce délai de trente jours. Au fur et à mesure que se déployait la puissance militaire de la coalition menée par les Etats-Unis, l'Irak offrit aux inspecteurs un accès progressivement accru à son territoire, au point, selon certains, de se conformer avec retard aux termes de la résolution 1441. Cet argument n'est pas entièrement convaincant : les inspecteurs étaient, certes, de plus en plus libres de chercher là où ils le souhaitaient et comme ils le souhaitaient ; mais le gouvernement irakien ne fit jamais la " déclaration complète " et spontanée que le droit international avait exigée.

Cependant, la principale limite à l'argument du " respect tardif " de la résolution 1441 est qu'il n'est pas compatible avec l'importance que les adversaires de George W. Bush affirment donner au respect de la règle de droit. Le comportement de l'Irak dans les trente jours qui ont suivi l'adoption de la résolution 1441 était le seul critère du droit international. L'Irak ne s'étant pas conformé à cette résolution, une invasion lancée après trente et un jours aurait respecté, à la lettre, la résolution du 8 novembre. C'est, au contraire, si la guerre avait été évitée que le droit international et l'autorité des Nations Unies (pour ce qu'il en restait) auraient été bafoués. Ceux qui déplorent une atteinte au droit international ne peuvent expliquer par quel miracle une invasion qui était légale le 9 décembre 2002 ne l'aurait plus été le 19 mars 2003.

Les armes de destruction massive

Le deuxième grand thème des adversaires de George W. Bush est que la guerre irakienne aurait été fondée sur un mensonge. Puisque, après l'invasion, aucune arme de destruction massive n'a été trouvée en Irak, la menace de ces armes devait être une invention du gouvernement américain pour fournir un prétexte à l'invasion. L'accusation de mensonge est assez grave pour justifier le rappel de quelques faits.

Le goût de Saddam Hussein pour les armes chimiques et biologiques pouvait sembler établi par le fait qu'il était, au début de 2003, le seul chef d'Etat en exercice à les avoir utilisées : d'abord dans la guerre contre l'Iran (1980-1988), puis contre les populations kurdes d'Irak (Halabja, 16 mars 1988). Les inspecteurs présents en Irak de la fin de 1991 à 1998, date de leur expulsion par Saddam Hussein, avaient démantelé des stocks de gaz VX, de gaz moutarde, d'anthrax et de toxines du botulisme. Après l'expulsion de ces inspecteurs en 1998 et jusqu'à sa chute, le régime irakien finançait généreusement des programme de recherche sur les armes nucléaires, chimiques et biologiques, sous la responsabilité de savants de haut niveau tels que Jaffar Dhai Jaffar (physicien nucléaire), le général Amir Saadi (responsable du programme chimique) et Mme Huda Ammash, responsable du programme biologique.

L'administration Bush ne fut à aucun moment seule à affirmer, contre une opinion sceptique, l'existence d'une menace biologique et chimique en Irak. Cette menace n'était pas jugée moins sérieuse par le saint patron du parti Démocrate, Bill Clinton, qui disait le 17 février 1998 : " Nous voulons diminuer sérieusement la menace posée par le programme d'armes de destruction massive de l'Irak" (1). Madeleine Albright, secrétaire d'Etat de Bill Clinton, affirmait le 10 novembre 1999 : " Hussein a choisi de dépenser son argent en construisant des armes de destruction massive et des palais pour ses copains" (2). Quelques semaines avant le début de la guerre, l'opinion des Démocrates les plus influents n'avait pas changé. Hillary Clinton, le 10 octobre 2002 : " Depuis quatre ans que les inspecteurs ont quitté l'Irak, les renseignements montrent que Saddam Hussein a travaillé à reconstruire ses stocks d'armes chimiques et biologiques, sa capacité à envoyer des missiles et son programme nucléaire. Il a également fourni son aide, sa complicité et sa protection à des terroristes, y compris des membres d'al Qaida "(3).

Les Etats-Unis n'étaient pas non plus la seule puissance à croire à l'existence d'une menace biologique et chimique irakienne. Cette menace a été mentionnée à plusieurs reprises par les Nations Unies, y compris dans la résolution 1441 précitée. Dans les premiers jours de la guerre, la France faisait savoir par son ambassadeur aux Nations Unies que si Saddam Hussein devait utiliser des armes de destructions massives, elle modifierait sa position sur le conflit. Même un pays opposé à la guerre - et plutôt bien renseigné - croyait donc à la menace biologique et chimique irakienne.

Le fait qu'aucune arme en état de marche ne fut trouvée après la guerre (des éléments permettant d'en construire et des documents établissant l'existence de programmes de recherche non déclarés furent en revanche découverts) fut une divine surprise pour les opposants de George W. Bush. Il ne peut pas pour autant transformer en mensonge une analyse de la menace que ces opposants eux-mêmes avaient partagée.

Le régime de Saddam Hussein n'avait peut-être pas, en 2002, d'armes de destruction massive. Mais il dépendait, pour sa survie, de la crainte qu'il inspirait. Il a donc envoyé au monde tous les indices qui devaient faire croire à l'existence de ces armes. Si Saddam Hussein bluffait, nul ne le savait avec certitude.

George W. Bush a pris ce bluff au sérieux. Un autre aurait pu prendre une autre décision : il aurait été possible, par exemple, d'interpréter les indices (la mauvaise volonté irakienne, le financement de programmes de recherche et de savants spécialisés) comme une expression acceptable de " l'orgueil arabe " et d'attendre, pour agir, d'avoir des preuves plus précises. Le fait que le Président américain n'ait pas suivi cette voie montre qu'il ne veut pas jouer aux dés avec la sécurité du monde.

Il faut cependant donner raison aux adversaires de George W. Bush lorsqu'ils affirment que les armes de destruction massive n'étaient pas la cause la plus importante de l'invasion de l'Irak. Leur explication la plus fréquente - une volonté américaine de s'assurer l'approvisionnement du pétrole irakien - est, certes, peu convaincante. Un tel objectif aurait pu être obtenu pour un moindre coût, en négociant avec Saddam Hussein la levée des sanctions internationales contre l'Irak (qui n'étaient restées en place, depuis 1998, que par la volonté américaine) en échange d'une priorité d'exploitation donnée aux compagnies pétrolières américaines. Mais il y avait bien un autre objectif derrière l'invasion de l'Irak. Cet objectif n'avait rien de secret ; George W. Bush l'a exprimé à plusieurs reprises ; c'est l'extension de la démocratie au monde arabe.

Libérez les 400 millions

Il a été souvent souligné, à juste titre, que les attaques du 11 septembre et le soutien croissant pour les groupes fondamentalistes ne peuvent pas être attribuées à une perversion intrinsèque de la culture musulmane ou arabe. D'autres époques - y compris la plus grande partie des dix-neuvième et vingtième siècle - ont montré que le monde arabe peut accepter de coexister avec d'autres cultures et de leur emprunter les connaissances utiles à son propre développement. Au cours des années 1990, alors que la fin du communisme entraînait une expansion mondiale de la liberté, le monde arabe est devenu le principal pôle de résistance à ce mouvement ; mais cela était dû au refus des dictateurs de quitter le pouvoir, non à un rejet de la liberté par leurs sujets.

Longtemps, les dirigeants occidentaux parurent y trouver des avantages : le maintien des dictateurs privait les Arabes de liberté, mais garantissait la stabilité d'une région dangereuse. Les limites de ce raisonnement sont apparues de plus en plus clairement au cours des années 1990. Le monde arabe, seule grande civilisation à rester privée de liberté, accumulant les retards économiques et culturels, trop imprégné de peur pour critiquer ses propres dirigeants, fut atteint d'une haine toujours plus intense pour l'Occident qui accumulait les succès et ne faisait rien pour libérer les Arabes de leurs tyrans. Tout au long de la décennie, cette haine se traduisit par la multiplication des attentats terroristes et le soutien croissant aux groupes fondamentalistes. Après le 11 septembre, l'affaire aurait dû être entendue : la politique de maintien en place des dictatures, destinée à préserver la stabilité du Moyen Orient, avait plongé la région dans un bouillonnement de haine qui menaçait la sécurité de la planète entière. Une autre politique était désormais indispensable. Seul George W. Bush eut la perspicacité et le courage de la définir, de la défendre et de la mettre en œuvre.

Le premier principe de cette nouvelle politique est que l'aspiration à la liberté est universelle et doit être encouragée : " Des décennies de mensonge et d'intimidation n'ont pas pu contraindre les Irakiens à aimer leurs oppresseurs ou à désirer leur propre asservissement (...) Partout où la liberté arrive, l'humanité se réjouit. Partout où la liberté frémit, que les tyrans tremblent " (George W. Bush, le 1er mai 2003, sur l'Abraham Lincoln). Le monde arabe et musulman doit et peut, comme le reste de l'humanité, bénéficier de la démocratie : " Ce n'est pas du réalisme de suggérer qu'un cinquième de l'humanité n'est pas fait pour la liberté. C'est du défaitisme et de la condescendance, et nous ne devons pas l'accepter " (discours dit des trois piliers, Londres, 19 novembre 2003). L'expansion de la liberté dans le monde arabe permettra seule d'assurer la paix du monde : " Dans les sociétés démocratiques et réussies, les hommes et les femmes ne prêtent pas allégeance à des aigris et à des assassins ; ils consacrent leur cœur et leur travail à se construire une vie meilleure. Les gouvernements démocratiques n'abritent pas des camps terroristes et n'attaquent pas leurs voisins pacifiques : ils respectent la dignité et les aspirations de leur peuple " (discours des trois piliers).

Le deuxième principe de la nouvelle politique est que les Etats-Unis, première puissance militaire du monde, sont chargés de la responsabilité historique de répandre la démocratie dans le monde arabe. Les ennemis de la liberté sont en effet devenus si puissants qu'elle ne pourra triompher que s'ils comprennent que la détermination américaine est totale : " Pendant une génération jusqu'au 11 septembre 2001, les terroristes et leurs alliés extrémistes ont attaqué des innocents au Moyen Orient et au-delà, sans rencontrer une réponse soutenue et sérieuse. Les terroristes se sont convaincus que les pays libres étaient décadents et faibles (...) Depuis que l'Amérique a éteint les flammes du 11 septembre, a pleuré nos morts et est partie en guerre, l'histoire a pris un autre tour. Nous avons porté le combat chez l'ennemi. Nous faisons reculer la menace terroriste qui pesait sur la civilisation, non pas aux frontières de son influence, mais au cœur de son pouvoir " (discours à la Nation, 7 septembre 2003). En prouvant sa détermination, l'Amérique remplit une mission libératrice universelle : " Nous représentons les espoirs éternels de l'humanité, et ces espoirs ne seront pas déçus (...) Nous n'avons pas demandé cette mission, mais il est honorable, l'appel de l'histoire (...) Cet appel est digne de chaque vie, digne de chaque nation. Allons donc de l'avant, confiants, déterminés et sans peur " (discours aux Nations Unies, 10 novembre 2002).

Des spécialistes respectables ont affirmé que l'extension de la démocratie au monde arabe est impraticable : d'autres spécialistes tout aussi respectables avaient jugé impossibles l'abolition de l'esclavage, l'union des peuples d'Europe, la chute du communisme. " Libérer les 400 millions " de musulmans vivant sous le joug de dictatures, selon la formule du rabbin Shmuley Boteach (4), peut devenir une idée de la même importance historique. De nombreux obstacles devront être surmontés ; des intérêts puissants s'y opposent ; des centaines de millions d'esprits ne sont pas prêts au changement.

Le combat n'est en aucun cas gagné d'avance. Mais en fixant cet objectif, George W. Bush pourrait bien avoir donné à notre siècle la grande idée qui lui permettra d'échapper au cycle pervers de la division et du cynisme - une idée qui peut mettre l'enthousiasme humain, cette flamme si précieuse et si dangereuse à la fois, au service de l'amélioration de l'état du monde.
Armand LAFERRERE

1 Discours prononcé au Pentagone, cité sur le site Internet de CNN
2 Discours prononcé au Hilton & Towers de Chicago
3 Discours disponible sur le site de Mme Clinton (http://clinton.senate.gov/speeches/iraq_101002)
4 Jerusalem Post, 20 novembre 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

28/05/08

haut de la page

 

©opyright (très relatif), mais comme certains nous copient sans nous citer ...