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MAHOMET. Je tiens entre mes mains et leur vie et leur mort; Tu n’as qu’à dire un mot, et je t’en fais l’arbitre. 

ZOPIRE. Moi, je puis les sauver! à quel prix? à quel titre? Faut-il donner mon sang? faut-il porter leurs fers? 

MAHOMET. Non, mais il faut m’aider à tromper l’univers; Il faut rendre la Mecque, abandonner ton temple, De la crédulité donner à tous l’exemple, Annoncer l’Alcoran aux peuples effrayés, Me servir en prophète, et tomber à mes pieds: Je te rendrai ton fils, et je serai ton gendre.

 

Voltaire : LE FANATISME OU MAHOMET LE PROPHÈTE TRAGÉDIE EN CINQ ACTES REPRÉSENTÉE A LILLE, EN AVRIL 1741; A PARIS, LE 29 AOÛT 1742.

 

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Textes extraits du Livre de Rodinson

Naissance d' une secte

 

IL est vrai que cette morale que la nouvelle secte proposait représentait une rupture radicale avec la morale courante de la société arabe, comme l’a montré récemment, avec les méthodes de l’analyse sémantique, l’arabisant japonais 'Toshihiko Izutsu. On admirait, chez les Arabes, les hommes arrogants et insouciants, n’ayant peur de rien, prêts à sacrifier pour un rien, pour la satisfaction d’un beau geste, leur vie et leurs biens, sans penser aux conséquences. Qu’importaient des contingences comme la ruine et la misère de leur famille! Il était beau de se laisser aller à une passion après une autre, de courir à la mort pour venger la plus petite insulte, de mépriser ouvertement les disgraciés par la nature ou la société, de s’épargner des calculs complexes pour sauvegarder tant soit peu une existence de toute façon transitoire, de sacrifier tous ses biens et ceux des siens afin de s’acquérir la gloire d’être un parangon d’hospitalité! A cette éthique hautaine de type chevaleresque, dont des conditions plus ou moins analogues ont fait l’idéal de plusieurs sociétés, que le caractère provisoirement lointain et aléatoire des projets réalistes de vie ressuscite chez tant de jeunes générations, Mohammad opposait la présence de Dieu. Oui, Dieu était là et cela changeait tout. Dieu existait et prenait soin des hommes, même des plus humbles, il ne voulait pas de ces incartades asociales, dédaigneuses des intérêts de la tranquillité, de la vie même des autres. Le croyant, avant tout, devait prendre la vie sérieusement, la penser en fonction des autres, du Bien, des exigences de Dieu. La morale s’identifiait presque à la religion. La foi devait toujours s’exprimer dans ]es ouvres. Tout acte« social » était un culte è Dieu. Rien n'était plus stigmatise que la moquerie ou la négligence. Le courage, la générosité  levaient être raisonnables. On avait exalté ceux qui n’avaient peur de rien. Mais il fallait avoir peur. Oui, si choquant que cela pût paraître à des gens élevés dans cette optique, il fallait avoir peur de Dieu. Il fallait laisser le plus possible la vengeance à Dieu qui ne." manquerait pas de l’exercer dans l’Autre Monde avec. d"s précautions souvent dédaignées par les hommes. La prodigalité désordonnée devait faire place à la charité organise, par l’intermédiaire de la communauté de préférence. La noblesse de ce monde n’était que vanité. Il fallait être attentif aux humbles et aux dis-graciés. Plus de ces passions tempétueuses, de cet égarement et de cet aveuglement où les sens l’emportaient sur la raison, au cours desquels on oubliait tout. En bref, encore une fois, il fallait devenir sérieux.

La communauté se distinguait donc extérieurement par la seule pratique de la çalât. Mais, petit à petit, sur d’autres points, elle acquérait une autonomie. Une organisation se créait qui lui était propre, elle se définissait vis-à-vis de l'extérieur. Mais ce processus était encore très peu avancé. Le groupe n’avait pas de nom qui le désignât. Les adhérents devaient s’appeler eux-mêmes les fidèles (au singulier mo’min) et, bien plus tard sans doute, les soumis (moslim, mot qui a donné « musulman ») à Allah. Mais ces qualités ne s’appliquaient pas forcément qu'à eux. En particulier, les mêmes termes désignaient ceux qui avaient suivi l’appel des prophètes du passé. On n’a pas de traces d’une organisation véritable de la communauté. On suivait Mohammad qu’Allah inspirait. Pourtant, il est clair que déjà il se constituait un « cercle intérieur », un petit groupe de fidèles plus proches de l’inspiré et auxquels il demandait conseil. Il fallait bien prendre des décisions sur le plan tactique, sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’extérieur, des Qorayshites, quand la Voix était muette.  p158-59

Naissance d'un Etat

 

 Les alliés bédouins des Juifs s'abstinrent de leur porter secours. La tradition musulmane a essayé d'excuser Jour mauvaise foi en faisant appel A diverses raisons d’abstention, certaines surnaturelles. Il est probable que, simple-ment, Mohammad les avait achetés par des promesses de participation au butin. Le si6ge, si on peut l’appeler ainsi, dura plus d’un mois. Les Musulmans, se retirant tous les avoirs dans leur camp, attaquaient les forteresses juives une k une à coups de flèches, empêchant leurs défenseurs de sortir, les privant d’eau et saccageant leurs champs. Les Juifs furent incapables d’offrir une résistance coordonnée. Leurs essais de sorties furent repoussés. Certains, désireux l’assurer leur sauvegarde, traitaient avec Mohammad. Plusieurs forts capitulèrent. Mohammad attendit patiemment :n continuant son blocus la capitulation des trois derniers. On en vint à négocier. Les Musulmans participant au siège revenaient simplement les successeurs des Bédouins qui accaparaient une partie de la récolte des Juifs sous prétexte de protection. Ils percevraient, eux, la moiti5 de la récolte. !1 avait été prévu dès le départ que seuls ceux qui avaient été à Hodaybiyya pourraient participer à cette aubaine. D’autre part, le butin avait été considérable. Une partie très importante des biens juifs fut confisquée. Les hommes ,t les femmes pris dans les premiers fortins durent rester captifs. Parmi ces dernières il y avait une belle fille de dix-sept ans, Cafiyya, que Mohammad prit pour lui après avoir fait tuer son mari, convaincu d’avoir dissimulé ses biens. Il la persuada d’embrasser l’Islam et, violemment épris, lui fit partager sa couche le soir même. Il violait ainsi ses propres ordres antérieurs suivant lesquels ses partisans devaient attendre la fin  de la période menstruelle en cours pour s'unir à leurs captives. Mais elle était si belle ! 289

Victoire sur la mort

Ainsi dans l’Islam. Le Coran, parole indiscutable d’Allah, transmettait aux générations le message d’un homme opprimé qu’avait, à un moment donné, indigné l’injustice et l’oppression. Il charriait dans son texte chaotique des invectives et des défis aux puissants, des appels à l’équité et à l’égalité des hommes. Un jour il se trouva des hommes pour s’emparer de ces paroles et s’en faire des armes. Les gouvernants arabes n’imposaient pas, comme on l’a cru en Europe, 1a conversion par la force. Ils la voyaient, au contraire, d’un mauvais oeil. C’était un moyen d’échapper à l’impôt, de s’agréger à la foule des parties prenantes, de diminuer ainsi doublement la part du gâteau dont pouvait disposer chaque Musulman. Mais le moyen de l’empêcher? On a fouetté à l’époque omeyyade quelques chrétiens, Juifs ou Mazdéens qui voulaient se convertir à l’islam. 334

28/05/08

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