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Pourtant, non sans courage, ces intellectuels égyptiens, par leurs écrits, ont influencé leur société. L’un des tout premiers réformistes modernes, Kassem Amin (1863-1908), écrivit dès 1899 un essai intitulé : La Libération de la femme, dans le prologue duquel il affirme : « Le progrès des nations est déterminé par des facteurs différents et variés, dont le plus important est le progrès de la femme ; et leur décadence naît aussi de facteurs différents et variés, dont le plus important est la décadence de la femme. « Cette déchéance de la femme est, chez nous, l’obstacle majeur à notre marche vers le bien-être. Aussi l’éducation de la femme n’est-elle pas un luxe qu’on peut renvoyer à plus tard – comme l’imaginent ceux qui vantent bruyamment les vertus de 1*éducation des garçons pour la préférer à celle des filles – mais un besoin, voire une nécessité primordiale pour laquelle il faut tout mettre en œuvre. (...) » Les femmes de la haute bourgeoisie vont être sensibles à ces écrits et, au début de ce siècle, certaines vont commencer à se dévoiler publiquement tandis que des écoles et des universités sont créées pour elles. Pourtant, l’auteur estime à cette époque que « dans l’état où sont les femmes » le rejet du voile  serait prématuré car un tel bouleversement risquerait de « provoquer des méfaits contraires au but recherché ». Mais il faut y préparer les jeunes filles dès leur enfance, afin que leur progressive autonomie les rende aptes à  fréquenter les hommes sans pour autant se comporterd’une façon qui serait contraire « à la religion et à la morale ». Continuant à discuter de la question du voilement des femmes, il affirme : « Quant à la crainte de la séduction, qui est présente dans chaque ligne écrite (sur le voile), c’est le problème des hommes qui nourrissent une telle phobie ; les femmes n’ont pas à s’en occuper. Ceux et celles qui craignent la séduction n’ont qu’à détourner le regard... « (...) Pourquoi ne demande-t-on pas aux hommes de porter le voile ou de dérober leur visage au regard des femmes 

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prendre femme légalement et pour une période déterminée, dans le lieu où il séjournait temporairement et avec l’accord de cette dernière. Un contrat de mariage était rédigé et un douaire versé, comme pour toute union, ce qui évitait une condamnation pour libertinage. Mais les sunnites rejettent cette pratique, la considérant comme une forme de prostitution légale dans la mesure où cette union peut ne durer que quelques jours. Quoi qu’il en soit, les jeunes filles ou les femmes enlevées dans la rue ou de leur foyer se voient mariées sous la contrainte à des maquisards qui les utilisent comme domestiques et esclaves sexuelles. (De nombreux récits des sévices qu’elles ont subis ou dont elles ont été les témoins ont été publiés dans la presse algérienne, lorsque ces femmes ont pu s’échapper et ont eu le courage de témoigner. Mais bien d’autres ont été assassinées, soit parce qu’elles ont résisté, soit pour obliger les autres à se taire. Et même si des femmes ont pu s’évader, on imagine leur situation dans une société où la chasteté des femmes et la virginité des filles sont le garant de l’honneur des hommes de leur famille. Maints « crimes d’honneur », lorsque la famille ne contraint pas la fille au suicide, n’ont pas d’autres causes.)

En outre, voulant imposer l’arabisation déjà fortement développée par les gouvernements algériens successifs au nom d’une mythique unité arabe qui nie toute différence entre le Maghreb et le Machrek, tant du point de vue linguistique que des points de vue ethnique et historique, à l’ensemble de la société algérienne, les islamistes militants refusent d’admettre l’existence d’une composante importante de cette population, les Berbères, de la même façon qu’ils laissent entendre que les « francophones » seraient des traîtres à leur pays du fait même de leur francophonie (un de leurs slogans les qualifie de Parti de la France). Ajoutons enfin que les Algériens parlent l’arabe dialectal alors que c’est l’arabe classique que les dirigeants, comme les intégristes, veulent imposer, parce que ce serait la langue de l’ensemble du monde arabe et, pour ces derniers, la langue sainte, celle du Coran.

 

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l’accent sur la seule filiation agnatique (filiation par les hommes), s’est généralisé, le contrôle sur les femmes s’accrut, la fidélité des épouses et la virginité des fillettes devinrent une « nécessité » afin de leur éviter tout contact avec d’autres hommes et de s’assurer de la paternité. Dans les milieux où l’activité des femmes demeurait indispensable, ce contrôle ne pouvait s’exercer comme en ville si ce n’est par la pression occulte du groupe d’appartenance lui-même. En revanche, il devint beaucoup plus rigoureux à l’égard des citadines, épouses ou filles d’hommes riches dont l’enfermement ne posait aucun problème économique, et que la présence en ville d’ « étrangers » rendait nécessaire.

Il faut noter que de tout temps, en ces régions (sauf dans l’Égypte ancienne), la situation des femmes des villes appartenant aux couches aisées a été moins favorable. Bien avant l’islam, c’est en ville que les femmes étaient voilées et recluses, y compris chez les juifs et les chrétiens. Il s’agit là d’un phénomène urbain qui remonte à la plus haute Antiquité. A la limite, l’enfermement des femmes peut être considéré, à ces époques reculées, comme le symbole du statut social élevé de la famille. Mais c’est aussi la marque de l’idée que l’on se fait de la femme, objet de suspicion et de méfiance.

Hors des villes, les choses étaient différentes. Non que les femmes y avaient un statut plus favorable, mais le mode de vie pastoral de l’Arabie nécessitait leur contribution aux activités économiques et sociales. En effet, les femmes des tribus s’occupaient des biens et de"s troupeaux quand les hommes devaient s’absenter, soit pour les razzias qui étaient le moyen de prédilection d’accroître les richesses grâce aux butins qu’ils en rapportaient, et aux esclaves qu’ils faisaient et qu’ils pouvaient libérer en échange d’une rançon, soit pour le commerce ou la « protection » des sédentaires.

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Si l’on considère ces récits qui mettent hommes et femmes en présence, ou si on lit attentivement le Coran à la lumière de ce qu’on connaît de la Jahiliyya, on peut constater que dans bien des domaines il n’y a pas de véritable rupture entre les traditions et les coutumes de la période pré-islamique et celles des premières décennies de l’islam. D’une certaine façon, un assez grand nombre de révélations ayant trait à la vie sociale et surtout familiale reprennent ce qui préexistait, maintenant une réelle continuité avec la période antérieure mais en opérant une sélection dans la coutume, ou en la codifiant et en l’établissant pour tous.

Ainsi du mariage. De toutes les formes d’union, seul le mariage patrilocal et patrilinéaire va être conservé, dessinant ainsi une société plus fortement structurée sur la base de la famille et de la filiation par les hommes et non plus sur la base du clan, modifiant les liens sociaux et les relations entre hommes et femmes (la Loi confirme et renforce ainsi une hiérarchie entre les sexes, qui existait certainement déjà dans les mœurs) dans le mariage. Ce choix rapproche, de ce point de vue, le Hedjaz des sociétés avoisinantes. Il est aussi très vraisemblablement le signe de l’évolution que connaît alors la société bédouine qui se sédentarise de plus en plus.

Autre exemple de cette continuité : reprenant la coutume du Hedjaz, l’islam ne considère pas le mariage comme un sacrement mais comme un engagement « civil » passé solennellement entre deux familles, même s’il se fait en présence d’un homme de religion qui joue alors le rôle de juge. Il peut donc être dénoncé sans difficulté par l’un ou l’autre des contractants – même si, dans les faits, c’est le plus souvent le mari qui prend l’initiative de cet acte – ; le divorce n’est pas considéré comme un sacrilège puisque le mariage n’est pas « sanctifié », comme c’est le cas dans le christianisme. Il s’agit en effet d’une union temporelle, non spirituelle, acte éminemment social, passé devant deux témoins obligatoire-ment musulmans, représentant en quelque sorte l’ensemble de la communauté.

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nauté expliquent l’insistance mise sur la nécessité pour les Croyants de ne pas rester célibataires et surtout de ne pas laisser des femmes dans le célibat. En outre, le mariage permettait à cette époque de renforcer les liens idéologiques – ceux tissés par l’appartenance à la nouvelle religion – qui s’étaient établis entre les convertis, encore peu nombreux, par des liens plus temporels, en instituant en quelque sorte une nouvelle forme d’endogamie : le mariage au sein de la communauté des croyants. Interdiction fut faite à une musulmane d’épouser un non-musulman, tandis que l’inverse était possible, à la condition que l’épouse appartînt aux Gens du Livre (c’est-à-dire qu’elle fût chrétienne ou juive '). Les enfants, qui désormais relevaient de la famille paternelle (filiation agnatique, la seule reconnue), devaient obligatoire-ment être élevés dans la religion du père, précise encore le Coran. Ces prescriptions coraniques ont été reprises par les Codes de la famille de tous les pays musulmans, ce qui explique les difficultés qu’ont les jeunes filles, notamment issues de l’immigration, de faire accepter un mariage « mixte » à leurs parents.

De nombreuses traditions rapportent que Mahomet aurait ' conseillé aux futurs époux de se rencontrer avant le mariage, comme cela se faisait apparemment chez les Bédouins ou dans les villages où la structure clanique, donc endogame, permettait en général aux jeunes filles de ne pas être enfermées. 

 

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28/05/08

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