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Une bonne idée!

Lire ou relire le Coran. Surtout pour ceux qui se croient autorisés à émettre un avis sur l'islam sans rien y connaître, et sans même avoir fait un petit pas dans la connaissance de cette merveilleuse religion.

 

Le texte ci-dessous montre qu'un autre façon de lire l'islam est possible (comme nous ne cessons de le dire), mais que cela demande un immense effort de liberté et de courage de la part des musulmans , et ...  de leurs alliés de la Gauche occidentale.

 

 

Par Driss Ksikes et Ahmed R. Benchemsi

Et si on relisait le Coran ?


A la lumière des sciences sociales modernes, de "nouveaux penseurs"
s'essaient à démythifier le Coran. TelQuel les accompagne.

Désacraliser pour mieux comprendre

Le Coran est lu de trois manières différentes. La première, religieuse,
liturgique, est comme un baume pour la foi du simple croyant. La deuxième,
juridique ou idéologique, prônée par des oulémas traditionnels et par les
fondamentalismes de tous poils, impose une interprétation figée et
intemporelle, quand elle n'embrigade pas les musulmans passifs. Quant à la
troisième, technique, inspirée de toutes les sciences sociales modernes,
elle rappelle que le Coran est simplement un texte, qui a sa structure, ses
péripéties de genèse et bien d'autres contradictions internes que l'on tait
au nom de la sacralité.
Le croyant, en quête de sens, n'ose pas franchir le seuil de la troisième
lecture. Les nouveaux penseurs de l'islam, souvent tout aussi croyants, l'y
invitent pour l'aider à rectifier des erreurs communes fossilisées avec le
temps. Avant le dixième siècle, philosophie aidant, plusieurs
interprétations du texte circulaient. Depuis, toute cette panoplie n'a plus
eu droit de cité. Or, cette nouvelle élite de savants a le mérite de
soustraire le Coran au diktat de la pensée unique et traditionnelle. Pour
qu'il cesse d'être une relique et redevienne un texte vivant, à l'image de
nos sociétés où il continue d'être déterminant. Parfois même trop.


Un début timide.

(AFP)
Grâce à quelques initiatives privées, un débat s'ouvre (timidement) sur la
relecture du Coran. L'état ne cache pas sa volonté d'accompagner l'élan.
mais à son rythme.


Imaginez un chercheur marocain de 33 ans multipliant les rencontres
publiques pour prouver à ses compatriotes, jusque-là habitués aux
soporifiques prêches du vendredi, combien il est salvateur de lire le Coran
autrement. Imaginez cet homme, Rachid Benzine, traduire à une élite mal
informée ce message fondamental des Nouveaux penseurs de l'islam (Tarik
editions,
2004) : l'histoire et la critique littéraire permettent d'appréhender le
texte coranique tout-à-fait différemment, sans sacralisation mais avec
respect. Imaginez un panel de ces mêmes penseurs, réunis à Casablanca, pour
exposer le besoin pressant que nous avons, aujourd'hui, de relire le Coran
avec le détachement, la rigueur et la lucidité que procurent les sciences
sociales modernes. Cette brèche, enfin ouverte, enchante l'Algérien Mohamed
Arkoun, islamologue mondialement reconnu, qui n'a cessé de sillonner les
pays musulmans depuis 35 ans pour rappeler une vérité historique : entre le
VIIème et le XIIème siècle, soufis, philosophes et autres théologiens
dialoguaient librement sur le caractère révélé ou "créé" (c'est-à-dire
recomposé par Mohamed) du Coran. Ils polémiquaient sur les variations qui
avaient pu altérer le sens de certains versets avant que la grammaire du
texte ne soit figée. Ils s'arrêtaient sur des subtilités qui paraîtraient,
aujourd'hui, hautement blasphématoires. Cette belle époque s'est achevée en
1017, quand le calife Al Kadir a décidé de mettre à mort quiconque
proclamerait que le Coran avait été "créé". "Tout a été clos par décision
politique et non à l'issue d'un débat pluriel", déplore Arkoun. A noter, et
c'est important, que la porte de l'ijtihad et du débat s'est refermée au
Maghreb bien avant qu'elle ne se referme au Machrek. Parce que les fuqaha
malékites avaient pris le pouvoir chez nous bien avant de le prendre
ailleurs - et ne l'ont plus lâché depuis. Ironie du sort, c'est encore chez
nous, dans l'espace maghrébin traditionnellement frileux, que l'échange
intellectuel est aujourd'hui relancé.

"Dissocier foi et savoir"
Tous ces événements ne sont pas nés d'une volonté politique concertée.
C'est bien avant le 11 septembre 2001 que la fondation saoudienne Abdelaziz
avait mis au point la plateforme de la rencontre des "nouveaux penseurs"
qui s'est déroulée il y a un mois. Depuis, le climat est beaucoup plus
tendu, pour des raisons qu'on imagine. Par souci pédagogique, la fondation,
connue pour son autonomie politique, y est allée graduellement. "Les
oulémas en premier, les orientalistes ensuite. Il ne nous plus restait que
les musulmans qui prônent l'application de la méthode historique.
Aujourd'hui, c'est chose faite", explique Mohamed Seghir Janjar, directeur
de la fondation et cheville ouvrière du projet. Le fait que le livre de
Benzine paraisse au Maroc simultanément permet de donner une visibilité
sans précédent à une catégorie d'érudits jusque-là bannis de l'espace
public musulman et condamnés, par dépit, à développer leurs thèses
originales en Occident. Chacun a son histoire avec le pouvoir de son pays
d'origine. Voulant "dissocier foi et savoir", Abdelkrim Soroush a vu sa
revue interdite et sa carrière brisée à Téhéran. Réfutant "l'image de
Gabriel délivrant les messages de Dieu comme un facteur distribuerait ses
lettres", Fazlur Rahman a été appelé à de hautes fonctions au Pakistan.
avant de se rendre compte qu'il ne s'agissait que d'un moyen pour le faire
taire. Défendant "une approche littéraire du texte coranique, comme tout
autre texte écrit en arabe", Nasr Hamed Abou Zeïd a dû s'exiler en Hollande
pour fuir le terrorisme intellectuel en Egypte. Benzine, comme la
tunisienne Olfa Youssef, représentent la nouvelle génération de chercheurs,
pleins d'espoirs mais suffisamment échaudés pour rester prudents.
"Lorsqu'on montre que le potentiel de signification du Coran est
inépuisable, on le protége mieux que les orthodoxes qui s'en servent comme
d'une arme idéologique". Voilà comment Benzine, lui-même croyant mais non
crédule, défend la justesse de ces approches.
Au Maroc, son pays d'origine, il a trouvé une écoute inespérée. Les "hommes
de religion" du roi Mohammed VI ont pris le temps d'apprécier la démarche
de cette école de pensée, dont Benzine se fait le plus habile médiateur. Le
ministre des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, très sensible à la
pluralité de pensée, a apprécié, à l'issue d'un long échange, "l'honnêteté
de Benzine". Au sein de ce même ministère, garant d'un islam traditionnel
légitimant le pouvoir d'Amir Al Mouminine, ce grand responsable craint que
les nouveaux penseurs ne "prennent la posture de donneurs de leçons". Le
projet d'organiser des séminaires de sciences sociales en faveur des
oulémas n'en est pas moins, aujourd'hui, sur l'agenda de Toufiq. Quant au
conseiller royal Mohamed Moatassim, qui a rencontré le duo Olfa Youssef /
Rachid Benzine en compagnie de membres du collectif modernité et
démocratie, il est désormais favorable à la création d'un comité qui irait
éclairer la lanterne des oulémas - ou au moins amorcer le dialogue avec
eux. Il ne s'agit là que de prémices, mais certains optimistes commencent à
parler d'exception marocaine. Il est vrai que la Tunisie nous a précédés,
par la création d'une branche d'islamologie appliquée. Animée par l'éminent
Abdelmajid Charfi, elle relit le Coran avec les outils de la linguistique
et permet d'opérer des réformes très audacieuses dans le domaine du statut
de la famille. Il est tout aussi vrai que les chiites d'Iran ont une
tradition de Haouzat (cercles) où les oulémas reçoivent une formation
philosophique et littéraire.

"L'ignorance institutionnalisée"
Nos oulémas sunnites et malékites sont indiscutablement loin du compte,
toujours enfermés dans des références juridiques figées par le temps. Mais
ce vent nouveau qui souffle, apporté par des penseurs formés ailleurs,
montre au moins qu'au Maroc "les espaces de liberté d'expression
s'élargissent et touchent le religieux", comme le dit Janjar. Au Machrek,
ces espaces sont plus réduits. Attendue depuis un siècle, la traduction
arabe de L'histoire des Corans (Geschichte des Corans), du philologue
allemand Theodor Noëldeke, vient de paraître au Liban. mais n'est toujours
pas autorisée à la vente dans le monde arabe. "Aucun érudit arabe n'a
jamais pensé à traduire cet ouvrage, c'est la fondation allemande Konrad
Adenauer qui en a pris l'initiative", note amèrement Arkoun. L'événement
est pourtant de taille : ce livre est l'un des très rares qui s'attachent à
démontrer scientifiquement l'authenticité des récits coraniques, en se
basant sur des documents historiques. Pourtant, presque personne n'en parle.
Le Maroc, même si le débat y est amorcé, ne deviendra pas subitement le
chef de file des pays éclairés. "L'élite n'est pas vraiment intéressée",
déplore Janjar. Comme partout ailleurs, "l'ignorance est institutionnalisée
à l'école", ajoute Arkoun. Qui pense aujourd'hui à lire Ibn Hazm, penseur
éclairé banni de notre répertoire ? Quasiment personne. Qui s'intéresse au
soufisme et cherche à aborder le Coran plus sous l'angle du plaisir que
sous celui des contraintes ? Tout juste une poignée de doux illuminés. Qui
relit Ibn Rochd dans le fond, pour redécouvrir à quel point la philosophie
a été salutaire à l'islam ? Quelques savants isolés, qui n'en transmettent
rien au public.
C'est là qu'intervient le rôle des nouveaux penseurs. "Si nous parvenons à
recréer notre tradition escamotée et à jeter les bases d'une modernité
construite de l'intérieur et non greffée de l'extérieur, nous aurons
réussi", estime Benzine. Soroush, actuellement sur le projet d'un nouvel
ouvrage qui tente de réinventer le Moâtazilisme, école de raison par
excellence, pense à son tour que "si nous parvenons à redonner à la
philosophie sa place dans la cité, nous mettrons les musulmans à l'abri des
démagogues et autres systèmes politiques qui instrumentalisent la
religion". "Je suis quand même heureux que nous commencions à réaliser à
quel point nous sommes en retard sur nos ancêtres", soupire Arkoun. Et
d'ajouter : "mais je refuse d'en rester là. Nous devons transgresser la
clôture dogmatique dans laquelle nos sociétés sont enfermées, rouvrir le
texte coranique à l'interprétation et au débat, déplacer l'intérêt de la
théologie à la linguistique, migrer des sciences traditionnelles vers les
sciences modernes, déplacer notre regard vers d'autres religions. Et enfin,
dépasser notre misère intellectuelle et utiliser notre histoire comme
tremplin pour mieux nous positionner dans le monde".
Tout commence par le Coran. Le Pakistanais Fazlur Rahman a été l'un des
premiers à s'appuyer sur la philosophie pour le penser dans sa globalité
plutôt que d'en faire une lecture fragmentaire, verset par verset. Chez les
arabophones, Abou Zeïd a aussi fait ouvre de précurseur (parmi les
contemporains du moins), en s'intéressant au Coran tel que le perçoivent
ses lecteurs, et non pas tel que l'a entendu son émetteur (Dieu, à travers
le prophète). Autre contemporain, l'historien et théologien égyptien
Abdelkrim Khalil s'est attaché à sonder le contexte sociologique de la
révélation pour mieux comprendre le texte coranique. D'autres
anthropologues, enfin, posent une question brûlante : que s'est-il passé,
pendant les quinze ans qui ont séparé la révélation orale au prophète et la
rédaction du premier Coran ? Se pourrait-il que le texte écrit ne
corresponde pas totalement au texte révélé ?

Les conservateurs inquiets
Tout cela, forcément, inquiète les conservateurs. Le Coran, socle
intangible du dogme, ne saurait être "relu", ni "repensé". Ruade d'Arkoun :
"aujourd'hui, ce discours est brandi comme une menace. Il est indispensable
que l'Etat valorise l'anthropologie. C'est le meilleur moyen de remonter à
l'origine du mal, c'est-à-dire au moment où le dogme a été figé". Loin
d'être aussi téméraires, nos officiels se contentent aujourd'hui de panser
les plaies, en s'efforçant de redonner plus de place à la spiritualité. "La
radio coranique nous permet de contrer les prêches sauvages et dangereux
qui circulent sous forme de cassettes, et qu'on entend souvent dans les
taxis", explique ce responsable. Les officiels parent donc au plus urgent,
sans pour autant fournir aux Marocains les armes intellectuelles qui leur
permettraient de se prémunir tous seuls du fanatisme. Hassan II, un temps,
avait eu des velléités d'introduire les sciences sociales au programme de
l'école de théologie Dar Al Hadith al Hassani. "Finalement, le roi a pris
peur. Espérons que son fils aura plus de courage politique", soupire ce
connaisseur du dossier. Un projet d'institut "moderne" de théologie serait,
paraît-il, dans les cartons, et n'attendrait qu'un feu vert royal.
Ces temps-ci, le Coran est en train de redevenir un objet de curiosité
intellectuelle. En attendant que l'école s'y mette, c'est aux médias qu'il
échoit aujourd'hui de nourrir l'intérêt, pour que la flamme ne s'éteigne
pas. Prions.



La révélation

"Ainsi t'avons-Nous révélé un Esprit, venant de Notre sphère, quand tu ne
savais ce qu'est le Livre, non plus que la foi. Mais Nous en fîmes une
lumière, dont Nous guidons qui Nous voulons d'entre Nos adorateurs - même
si c'est toi qui effectivement guides - sur une voie de rectitude" Choura, 52

Le sens du mot "révélation" (wahye) diverge selon les écoles de pensée.
Pour les soufis, c'est d'abord une "illumination" et une sensation de
plaisir, éprouvée par le prophète au moment du tanzil (la "descente" de la
parole divine). Pour les moâtazilites, il y a deux niveaux : l'immensité du
discours divin non dévoilé et sa partie manifeste, révélée à Mohamed. Pour
plusieurs penseurs modernes, "la parole de Dieu" est un "souffle céleste
verbalisé par le prophète". L'image de Gabriel délivrant son message à
Mohamed comme "un facteur remettrait ses lettres" est réfutée par les
philosophes. Durant les vingt années (612 - 632) qu'a duré la révélation,
la transmission se faisait oralement, sans traces écrites. Plusieurs
philologues (spécialistes des documents anciens) se demandent toujours s'il
n'y a pas eu des pertes de discours pendant ces vingt ans. La transcription
écrite a commencé en 632, et duré 15 ans. On continue aujourd'hui à se
demander si pendant ces 35 ans, rien ne s'est perdu.

D'après Mohamed Arkoun, Lectures du Coran ; Alif (Tunis, 1990) et Fazlur
Rahman, Major themes of the Qur'an ; Bibliotheca islamica (Chicago, 1980)



Mohamed illettré ?

Avec Mohamed Arkoun, historien et anthropologue

"Lui qui a envoyé au sein des incultes un Envoyé des leurs pour leur
réciter Ses signes." Al joumouâ, 2

En donnant au mot "oummi" la signification unique de "illettré" ou
"inculte", la propagande musulmane a voulu définitivement exclure l'idée
d'un Coran inventé par le prophète. Or, le terme "oummi" veut également
dire "membre d'un peuple gentil" (si !). Pris sous cet angle, cela voudrait
dire que Dieu invitait Mohamed à découvrir quelque chose de nouveau : un
discours à la structure prophétique, différent du discours poétique qui lui
était familier. L'anthropologie nous a appris, depuis, qu'un homme qui ne
sait pas lire n'est pas forcément dénué de culture. Encore moins Mohamed,
dans ce cas.



La femme

Petit exercice d'exégèse moderne, pour libérer les musulmanes.
Avec Olfa Youssef, linguiste spécialiste en islamologie appliquée

Le voile

"Dis aux croyantes de baisser les yeux et de contenir leur sexe ; de ne pas
faire montre de leurs agréments, sauf ce qui en émerge, de rabattre leur
fichu sur les échancrures de leur vêtement. Elles ne laisseront voir leurs
agréments qu'à leur mari." Ennour, 31

"Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de
revêtir leurs mantes : sûr moyen d'être reconnues (pour des dames) et
d'échapper à toute offense". Al Ahzab, 59

Le premier sens du mot "voile" ne renvoie pas à un habit, mais à une
tenture destinée à voiler la vue. Historiquement, ce "voile"-là était fait
pour protéger les femmes du prophète. Contre quoi ? Pendant la Jahiliyya,
expliquent Boukhari et Tabari, les mâles, surtout les impies, avaient très
peu de respect pour l'autre sexe. Il s'agissait donc de soustraire les
femmes à leur regard. Le verset 59 de la sourate Al Ahzab appelle les
"femmes des croyants", en général, à se prémunir aussi par le même type de
"voile". Mais les commentateurs précisent que seules les femmes libres
étaient concernées - autrement dit, pas les esclaves. Ayant une valeur
marchande, ces femmes là devaient être visibles pour être valorisées. Il
est même arrivé à Omar Ibn Khattab de gifler une esclave qui a imité sa
maîtresse (Sahih al Boukhari, tome 3, p.99). Concernant le verset 31 de la
sourate Ennour, les commentateurs ont divergé sur le sens du mot "zina"
(agréments). Quant à l'expression, "rabattre leur fichu sur les
échancrures", les exégètes divergent sur son explication. En plus, il y a
cet autre verset (Ennour, 60) qui dispense les femmes ménopausées de se
couvrir. Autrement dit, il faut être apte à la procréation pour devoir se
préserver visuellement des hommes. Bref, on est loin du voile d'aujourd'hui
que l'interprétation fondamentaliste veut imposer comme sixième pilier de
l'islam.

La polygamie

"Si vous craignez de n'être pas équitables en matière d'orphelins. alors
épousez ce qui vous plaira d'entre les femmes, par deux, ou trois, ou
quatre. Mais si vous craignez de n'être pas justes, alors seulement une."
Annissae, 3

Parmi les exégètes défenseurs de la polygamie, il y en a qui font
l'addition 2+3+4. et autorisent l'homme à avoir 9 épouses, à l'instar du
prophète ! On note, dans le verset coranique concerné, que l'autorisation
est subordonnée à "l'équité en matière d'orphelins". Quel rapport ? Il
s'agirait en faite des "orphelines". Pendant la période anté-islamique, les
hommes se mariaient fréquemment avec celles dont ils étaient tuteurs, pour
subtiliser leurs biens. L'islam aurait cherché à les en dissuader en les
autorisant à aller voir ailleurs. Mais le Coran relève l'injustice de la
démarche, en stipulant dans un autre verset "vous ne pourrez être justes
envers vos femmes même si vous y veillez" (Annisae, 129). Cela n'a pas
suffi aux exégètes, soucieux de préserver une pratique très répandue.

Le divorce

"Il ne vous est permis de rien récupérer sur elles de vos dons, à moins que
tous deux ne craignent de ne pas satisfaire aux normes expresses de Dieu".
Al Baqara, 229

Le Coran octroie aussi à la femme le droit de demander le divorce. Lorsque
la femme d'un compagnon du prophète, Thabet Ibn Qaïs, est allée avouer à
Mohamed qu'elle ne tolérait plus sa vie à deux, le prophète lui a tout
simplement demandé (en présence du rapporteur Boukhari) si elle acceptait
de lui rendre son jardin. Il n'a même pas demandé de témoin. Cette facilité
dans la procédure, nos sociétés patriarcales ont du mal à la préserver. Ils
ont aussi du mal à préciser au mari qu'il n'a aucun droit d'exiger de son
ex-épouse un remboursement sur les biens qu'il a mis à sa disposition au
cours du mariage.



L'héritage

"En cas de succession d'un homme ou d'une femme dépourvus de successibles directs, mais qui ait un frère ou une sour, à chacun de ces deux derniers  reviendra un sixième ; s'ils sont davantage, ils se partageront un tiers,  déduction faite de chose testée ou due, sauf en cas de lésion." Annisae, 12   Ce verset aénormément intéressé les analystes modernes. Le sens du mot  "Kalala" a longtemps été considéré par Omar Ibn Khattab comme un "mystère  de Dieu" (aujourd'hui, on sait que cela signifie "être dépourvu de  succession directe"). Quant au sens du verset, il est resté équivoque, tant  que la grammaire (shakl) du Coran n'était pas fixée. Entre "yourithou" (il  hérite) et "yourathou" (on hérite de lui), le verset pouvait avoir deux   significations. exactement contraires ! Un autreverset, "il vous est  prescrit, quand la mort se présente à l'un de vous et qu'il laisse du bien,  de tester en faveur de ses père et mère et de ses plus proches"  (Al Baqara, 180), nous apprend, contrairement à ce que prétendent les docteurs de la   Loi, que les musulmans peuvent laisser un testament. Bon à savoir, quand même.

D'après Mohamed Arkoun, Lectures du Coran ; Alif (Tunis, 1990)



Le Texte et son contexte


Relire les versets coraniques en sachant les anecdotes qui les ont inspirés nous replace dans une perspective. disons différente.

Dans son Tafsir (vol II, p. 49), le grand exégète Al Maraghi rapporte l'histoire suivante : le prophète, ainsi que Aïcha et plusieurs hommes,  faisaient route sur Médine. Son collier s'étant rompu, l'épouse du prophète  fit stopper la caravane pour qu'on lui retrouve ses perles, qui avaient  roulé sur le sol. Profitant de cette interruption, Mohamed s'endormit sur  les genoux de sa femme, descendue de chameau. Quand il se réveilla, l'heure  de la prière était arrivée. Mais la caravane était en plein désert, et il  n'y avait pas d'eau. Comment prier sans ablutions ? C'est à ce moment  précis que Dieu inspira à Mohamed le verset suivant : "si vous êtes (.) en  voyage (.) et ne trouvez pas d'eau, utilisez en substitution un sol sain"  (Al ma'ida, 6). Tout le monde fit donc ses ablutions avec des poignées de   terre et personne ne rata la prière. La notion de tayammoum (substitution)  était née. Sur le coup, rapporte Al Maraghi, cela arrangeait tellement bien  les choses que Oussayid Ibn Haïdar, un des hommes de la caravane, lança à  l'épouse du prophète d'un ton moqueur : "Que dieu te bénisse, Aïcha ! A  chaque fois qu'un désagrément t'arrive, Dieu tout-puissant le transforme en  soulagement pour les musulmans" ! Des anecdotes comme celles-là, on en retrouve aussi par centaines  chez  Tabari et nombre d'autres exégètes du Coran. On appelle cela Asbab  ennouzoul ou "les raisons de la descente" (des versets dans l'esprit du  prophète, s'entend). Principe : très souvent, quand Mohamed annonçait à ses  fidèles que Dieu lui avait inspiré un nouveau verset coranique, c'était en   réaction à un évènement survenu juste avant. Le prophète voulant ainsi  multiplier les épouses, un verset coranique était opportunément "descendu"  pour l'autoriser à le faire, stipulant "Tu ajournes celles d'entre elles  qu'il te plaît ; tu fais accueil à celles qu'il te plaît" (Al Ahzab, 51).  Réaction de Aïcha, jalouse : "inni ara rabbaka youssariôu laka fi hawak"  ("je vois que ton Dieu est empressé pour satisfaire tes désirs" - rapporté  par Boukhari, citant Abou Oussama, citant Hicham Ibn âroua - Tafsir Ibn  Kathir, vol III, p. 501).  Conclusion : si des prescriptions coraniques répondent à des  micro-évènements datant de 14 siècles, pourquoi resteraient-elles valables   aujourd'hui ? Parce qu'on a la foi ? A chacun d'estimer si c'est une raison  suffisante.



"Le Coran n'est pas un supermarché"


Si on le soumet à une analyse rhétorique, le texte sacré n'a de sens que dans sa globalité. En extraire des passages isolés revient à l'utiliser pour valider un  discours. bien humain.
Le Coran se présente comme une construction complexe qui déroute plus d'un  lecteur. Parce que sa révélation s'est déroulée sur plus d'une vingtaine  d'années (610-632), mettant ensemble parfois, dans de mêmes sourates, des  versets qui ont été délivrés à des périodes et situations différentes, le  Coran ne laisse pas  facilement voir sa structure interne. Les savants orientalistes européens des XIXème et XXème siècles ont souvent affirmé que   le texte coranique leur paraissait décousu" et sans cohérence littéraire.   Leur approche s'explique tout particulièrement par le fait que la pensée  occidentale est marquée par la rhétorique grecque, construite sur la base  de ces trois étapes : une introduction, un développement et une conclusion.   Or, d'autres modes de "construction" et d'ordonnancement existent, dont  l'étude pourrait être une clé d'entrée pour renouveler notre lecture du  Coran. Tout particulièrement l'analyse rhétorique sémitique, qui se  développe depuis une quinzaine d'années. La "spécificité" de cette rhétorique est d'abord d'être commune aux  différentes cultures sémitiques, dont la culture arabe est partie  intégrante. Disons, rapidement, que cette approche - qui n'exclut pas les  autres - se distingue par un jeu complexe de symétries, et cela à  différents niveaux du texte. Analyser le Coran à l'aune de la rhétorique  sémitique se révèle une méthode très fructueuse pour l'exégèse car elle  nous permet de passer de l'interprétation éclatée du texte coranique,   verset par verset, à l'interprétation de chaque sourate qui elle-même n'est qu'une étape d'un ensemble plus vaste. Trop souvent, en effet, face à un  texte comme le texte coranique, on peut être tenté de prendre tel ou tel   verset, tel ou tel passage, sans se soucier de ce qui le précède ou le suit, sans se préoccuper de savoir si, en isolant le membre de phrase qui nous intéresse sur le moment, on ne trahit pas l'ensemble. Ainsi du passage coranique suivant : "Et c'est certainement un Coran noble  / un livre bien gardé / Que seuls les purifiés touchent / C'est une   révélation de la part du Seigneur de l'univers" (Al Waqiâ, 77 à 80). Une  lecture fréquente de ce verset retient surtout l'appel à se purifier  rituellement quand on  touche le Coran. Mais quand on analyse la structure  de la sourate 56, et que l'on se souvient du contexte de sa délivrance (la  rivalité du prophète et des devins) on découvre qu'il était plutôt question  d'authentifier la révélation faite à Mohamed par l'intermédiaire d'"anges   purs". Autrement dit : il s'agit bien d'une prophétie, et non de divination. On est loin des ablutions obligatoires avant de toucher le  livre sacré ! Voilà comment, en prenant le texte dans sa globalité grâce à l'analyse rhétorique sémitique, on découvre des sens autres que le sens  commun. En effet, un verset n'a de sens que par rapport à la structure dans  laquelle il s'insère. Cette structure est la porte du sens, et c'est donc  en retrouvant la structure de l'ensemble des sourates que l'on pourra  renouveler notre lecture du Coran. L'analyse rhétorique nous apprend finalement à respecter le texte coranique  qui n'est pas un "supermarché" où chacun va chercher ce dont il a besoin  pour valider son discours. Les versets ne sont pas des proverbes !
Rachid Benzine



Les nouveaux penseurs de l'islam

Mohammed Arkoun
Algérien, mariant les disciplines, il considère qu'il est temps de
démythifier le texte sacré en s'appuyant sur les acquis de l'herméneutique,
la science des interprétations.

Abdulkarim Khalil
égyptien, décédé en 2002, il a creusé dans le sillon de Rodinson, en
replaçant le Coran dans son contexte historique - la foi en plus, puisqu'il
était âlem.

Nasr Hamid Abou Zeid
Parce que cet égyptien prônait une lecture historique et critique du Coran,
les obscurantistes "l'ont divorcé" de sa femme, avant de le pousser à s'exiler.

Moncef Benabdejalil
Linguiste tunisien, il cherche à savoir s'il y a eu des versions
successives du Coran avant qu'il ne soit établi en mushaf par le Calife
Othmane.

Oulfa Youssef
Mariant linguistique et psychologie, cette Tunisienne relit le Coran et
démontre qu'en guise de "vérité", les docteurs de la Loi n'affirment
souvent que leur opinion personnelle.

Abdoulkarim Soroush
Iranien, enseignant respecté à Harvard, il pousse les oulémas à s'ouvrir
sur d'autres sciences et veut substituer la "démocratie religieuse" au
"despotisme religieux"

Fazlur Rahman
Pakistanais, mort en 1988, il ne considérait pas le Coran comme la parole
incréée de Dieu, mais comme "une formulation des intentions de Dieu par le
Prophète Mohamed".

Abdou Filali Ansary
Marocain, installé à Londres, il ne cesse de marteler que laïcité et islam
sont compatibles, lecture historique à l'appui.

Abdelmajid Charfi
Tunisien, il revient au message originel, le retravaille et en dégage un
sens nouveau, plus à même de convenir aux musulmans désirant vivre
pleinement la modernité

http://www.telquel-online.com/158/couverture_158_1.shtml

 

 

 

 

 

28/05/08

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©opyright (très relatif), mais comme certains nous copient sans nous citer ...