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| Lettre à un ami Très cher Ami, Je t’écris ces quelques lignes afin de t’annoncer que je pars. Nos chemins se sont croisés il y a plusieurs siècles, voir millénaires. A présent je suis contraint de te laisser en t’assurant que mon cœur sera toujours en partie avec toi. D’aussi loin que puissent remonter mes souvenirs, je pense pouvoir affirmer que notre relation a toujours été cordiale, passionnée, amoureuse et parfois malheureusement injuste. De Rachi au Capitaine Dreyfus, des délations complaisantes à notre refuge chez toi lorsque ce beau territoire d’outre mer méditerranéenne nous a chassé, tu as toujours été celui vers lequel je me suis tout de même réfugié. Si accueillant, si chaleureux, tellement humain dans divers moment de notre histoire. Les pieds nus et sans abri, tu m’as logé, nourri, vacciné, éduqué, instruit et donné un libre accès à toutes tes institutions. Comment oublier le sourire de ma mère une fois par mois lorsque le facteur nous apportait dans sa besace en cuir vieilli quelques allocations nous promettant de la viande et des habits neufs. C’est grâce à tes principes de laïcité que j’ai pu m’ épanouir chez toi, pratiquer mon culte qui m’est si cher sans pour autant me voir interdire l’accès aux professions les plus nobles. Napoléon a institutionnalisé ma présence. J’ai pu observer Léon Blum donner une impulsion nouvelle à ta société, des rues et des places portent mon nom dans tout ton pays. Lorsque tu t’es compromis avec une puissance qui voulait me massacrer, je suis comme même resté car au fond, j’ai toujours su qu’une partie de toi était garante de liberté, d’égalité et de fraternité. En 1948, tu as voté pour la création de mon état, tu lui as fourni les armes pour se défendre et même si tu m’as considéré comme fier et dominateur, je ne peux oublier que ma présence à tes cotés est millénaire. Mon cher ami, je te serai toujours reconnaissant de m’avoir fait grandir dans ton si magnifique pays. Ta langue est universellement reconnue pour sa beauté et son romantisme. Bien des fois, j’ai été fier de parler en public devant des étrangers follement jaloux de ma maîtrise ta culture. Alors je veux te dire tout l’amour que je porte à notre relation, l’ attachement indéfectible qui nous lie et la reconnaissance que je te dois de m’avoir permis d’être fier. A présent je m’en vais. Je te quitte les yeux embués et le cœur brisé. Il restera de ma présence, je l’espère, quelques noms de personnages illustres, des rues et des lois sociales. Je te quitte car je ne peux plus vivre en sécurité avec tes nouveaux amis. Ceux-la même que tu as accueilli dans leur immense détresse mais qui veulent à présent te faire vivre à leurs manières. Le danger qui me guette est sans commune mesure avec tous les drames que nous avons partagés ensemble. Ces nouveaux barbares hurlent la négation de ma présence, incendient ma maison et crachent sur mes enfants. Je ne peux me résigner à cela. Comment trouver la force de combattre lorsque ton propre Chef sera bientôt le grand-père d’ un des leurs. Tu t’es fourvoyé dans leur haine, en remettant en cause des principes essentiels de notre vie si douce. Tu discutes des acquis qui ont permis l’émergence des ces grands hommes bâtisseurs d’une société juste et prospère. Alors adieu mon ami. Les larmes coulent sur mon visage torturé de laisser cette place si belle à d’autres désireux de la transformer en souk. J’aurais souhaité continuer à faire partie de ton histoire, à tes côtés malgré toutes les turpitudes que cette dernière nous a fait subir. Je pars pour une terre toute neuve. Un endroit que certains appellent Gan Eden, un pays où coule le Lait et le Miel. J’ai longtemps hésité à le faire, me trouvant si bien à tes côtés. Là ou je vais, mes voisins ne m’aiment pas, mais mes frères chantent et dansent. Je laisse cette culture et ce confort pour en bâtir un autre, très différent mais tellement plus rassurant. C’est un pays qui a seulement 55 ans, mais plusieurs fois millénaire par la présence de mon Seigneur. Cette terre m’a été promise il y a très longtemps, mais j’ai préféré vivre notre passion. Mon destin est à présent ailleurs, sur les contrées de mes ancêtres, mon chez moi pour l’éternité. Soit courageux et ne me regrette pas car nos chemins ne se croiseront plus. Bonne chance et bon courage avec tes nouveaux amis. NECHEK |
28/05/08
©opyright (très relatif), mais comme certains nous copient sans nous citer ...